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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 17:30



Voila ce qui arrive quand on travaille trop ! Les neurones se touchent entre eux, et chez le soignant ayant une prédisposition aux idées un peu tordues, cela donne... L'ART INFIRMIER. Parfaitement madame !



A. La feuille de trans' "arty"


(Feuille de trans' (missions) n.f
= support de travail de l'infirmier, comportant les informations essentielles sur chaque patient et les actions de soins qui en découlent. Syn : pense-bête)

Propre et organisée à la prise de poste, la feuille de trans' devient souvent au fil des heures un vrai torchon, proche de l'art brut à la fin de la journée...













































Mine de rien, il y a une logique dans tout ce bazar, j'vous jure !!!



B. La peinture en Bétadine (non, attendez un peu avant de rigoler !)


Presqu'aussi original que les "blood paintings" de Pete Doherty, mais bien moins dangereux pour la santé, la Bétadine est un matériau intéressant pour les artistes. En effet, la teinture d'iode, initialement brun-orangée, a la propriété de changer de couleur en fonction du support sur lequel elle est appliquée.

Par exemple, sur du papier "Canson", elle vire au pourpre foncé, tandis que sur du papier absorbant type "Sopalin", elle reste orange... Dingue non ?!

De plus, en la diluant plus ou moins avec de l'eau, on obtient toute une palette de couleur permettant des dégradés façon "tye & dye" !









Certes, le résultat est quelque peu abstrait et imprévisible au départ, mais en même temps cela permet de s'entrainer au test du "Rorschach" ! (vous savez, les taches d'encres que l'on vous présente lors des entretiens d'embauche...)

Et avec un peu de maitrise, on doit même pouvoir arriver à un résultat esthétique...

Autre tentative, à base de Bétadine et aquarelles :
Appelons le...

euh...

hmmmm...

Tiens !

"Hommage à la fête des mères"












































Joli ? Pas joli ? J'en sais trop rien... 
En tout cas, CA DEFOULE !!!!

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 17:29

 

Je ne sais pas pourquoi, j’ai la plume désinvolte aujourd’hui, et je souhaitais rendre hommage à une espèce particulière de la gent hospitalière : le chirurgien.




Le chirurgien est  une évolution du pokémon humain. Il a environ Bac+12 et des poussières, donc de fait souvent le cheveu grisonnant et des lunettes.

Le fait de « travailler » la chair lui confère une aura particulière. Il suscite un mélange de crainte et d’admiration, dont il use parfois dans ses relations avec les patients et ses collègues de travail.

Si l’on devait analyser le patrimoine génétique d’un échantillon de chirurgiens, on retrouverait peut être une prévalence du chromosome « égocentrique », parfois couplé du gène « condescendant ».

(Pardon pour ceux qui ne le sont pas, surtout essayez de rester comme vous êtes !)

Que voulez vous, personne n’est parfait à 100%…

Connaissez-vous la petite blague murmurée dans les offices de soins : « qu’elle est la différence entre Dieu et un chirurgien ? »

Réponse : Dieu ne se prend pas pour le chirurgien…




Parler à un chirurgien n’est pas toujours une mince affaire.  Joignable en théorie sur son "bip", dans 80% des cas il ne rappelle pas, il est « au bloc » bien sur…

Comme il cumule souvent plusieurs mandats (praticien, chef de service, maitre de conférence, voire soyons fous, époux), il délègue une partie des interventions à ses internes. Jusque là tout va bien, c’est lorsqu’il continue d’empocher les dépassements d’honoraires que ça devient un poil dérangeant, enfin moi j’dis ça j’dis rien...

 

En service de médecine, on ne les côtoie que ponctuellement, mais pour se comprendre il faut connaitre la subtilité de langage suivante :

« On devrait le prendre  au bloc demain » signifie : oui, enfin d’ici quelques jours, au pire la semaine prochaine… Mais laissez le à jeun quand même on ne sait jamais !



Histoire vraie qui m’est arrivée à moi la semaine dernière et qui a inspiré cet article :

En raison de graves plaies, l'une de nos patientes a été amputée d'une jambe ainsi que d’une partie du talon opposé. L'équipe chirurgicale qui a pratiqué l'intervention devait passer « dans la matinée » pour voir l'évolution.

Après être passés la veille à 12h30, ils débarquent cette fois à 9h, ce qui n’est pas franchement une meilleure heure, le pansement étant censé être ouvert dans un environnement propre, c'est-à-dire après la toilette de la personne et le ménage de la chambre.

Mais faisons fi de ce « détail », ces messieurs n’ont pas de temps à perdre et nous n’avons pas d’autre choix que d’ouvrir le pansement, en prenant soin de balayer quelques miettes de pain qui trainent dans le lit (vestiges du petit déjeuner).

Ils n’ont tellement pas de temps à perdre que je me fais remonter les bretelles d’aller chercher du sérum physiologique pour décoller les compresses de la plaie. « Mais tirez enfin ! ». Je persiste dans ma démarche, car la patiente a mal, ce qui finit par faire sourire le « patron ». Peut être que ce trait de caractère l’amuse…

Il passe ensuite environ… 8 secondes 33' à regarder les plaies, en conclut que « c’est bien », mais lance tout de même à l’interne qui a opéré « vous avez coupé un peu court » (sic), le tout devant la patiente bien entendu, amis de la psychologie bonjour…

Puis tout ce petit monde tourne les talons et s’en va, nous laissant le soin de faire place nette et d’organiser la toilette et la réfection des pansements chez cette patiente (en isolement bien sur).


Comme dirait Philippe Katrine : J’adoooooooorrrrrreeeeeeee…

Non vraiment, ce jour la j’ai fait mon travail avec beaucoup d’amertume.

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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 17:27




Ce n'est probablement pas un hasard si aussi peu d'ouvrages traitent des rapports humains entre professionnels de santé à l’hôpital.

C'est dommage, car d'un point de vue sociologique, le milieu hospitalier est un cas "intéressant", tant sa culture, ses codes, ses traditions influent sur son fonctionnement.

Lorsque j’étais en dernière année d’école d’infirmière, je souhaitais réaliser mon mémoire de fin d'études sur ce thème. Mes formatrices me l'ont clairement déconseillé, au risque de me « faire descendre » par le jury au moment de la soutenance...

Il y a des sujets comme ça qui fachent…
La science progresse plus vite que les mentalités.


Pourtant, regarder certaines réalités en face pourrait faire évoluer en bien la qualité des soins et l'ambiance de travail dans les services.

Les propos qui suivent n'engagent que moi, ils sont le fruit de mon ressenti et de mon expérience, ils ne s'appuient sur aucune étude / thèse / enquête, il est d'ailleurs bien difficile d'en trouver.
Par ailleurs, amis lecteurs, si vous souhaitez réagir, votre point de vue m'intéresse.



L’hopital, la "planète des Bisounours" ?
Ou Dallas ?!


Vu de loin, on pourrait penser que des personnes qui ont choisi de soigner ont des valeurs en commun : respect, altruisme, empathie, solidarité...

Attentifs les uns envers les autres, professionnels de la relation, les soignants seraient-ils des collègues de travail idéaux ?

Revenons sur Terre ! A l'hosto, comme dans le reste de la société (et au pays de Candy), il y a des gentils, des méchants, des hypocrites, des tire-au-flanc, des pervers et des bonnes poires...

On peut peut être trouver un début d'explication dans la motivation qui pousse chacun à exercer la profession de soignant. 

-          Pour certains, porter la blouse blanche (qui est un uniforme) permet d'acquérir un statut social valorisant, voire de s'identifier à un objet de fantasme collectif (le médecin, l'infirmière...).

-          D'autres personnes ont besoin de se sentir "utiles" à la société, elles cherchent une place.

Le désir inconscient de "réparation" est fréquent. La personne cherche en fait à compenser une situation d'impuissance culpabilisante vécue au cours de l'enfance (parent malade par ex)

Ces deux types de motivation donnent lieu à des comportements différents dans la manière d’être en relation avec les patients et les collègues de travail.

Dans le premier cas, le soignant cherche à être reconnu comme une personne "importante", mais peut également être attiré par l'acquisition d'un certain pouvoir. Le symbole de la blouse blanche lui donne la légitimité pour le faire.

Dans le second cas, la personne cherche la reconnaissance à travers ce qu'elle accomplit pour les autres. Elle peut avoir le sentiment de payer une « dette », et donne souvent plus qu’elle ne reçoit.
Généralement, ce sont des professionnels motivés, consciencieux, mais sensibles à la critique et sujets à l'épuisement professionnel.

Ces mêmes personnes risquent alors de se trouver en difficulté face aux soignants recherchant la relation de pouvoir, qui pourront tenter de les dominer voire de les instrumentaliser.

Pardonnez moi cette vision un peu caricaturale, il est vrai. Néanmoins, je trouve qu'elle permet de comprendre un certain nombre de conflits entre membres d'une même équipe.

Je me permets une petite hypothèse : et si ces deux types de comportement avaient une même origine, à savoir le manque de confiance en soi ?

 

Le poids des traditions religieuses…


"De toutes manières, infirmière, c’est une vocation…"

Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans la bouche de mes proches, ou des patients.
Sous entendu : « ah la la ! elles ont du mérite, les pauvres ! ».

Personnellement, j’ai cette vision en horreur ! Parce qu’infirmier est un métier, dont les compétences sont fixées par la loi. Nous ne sommes ni des bénévoles, ni des bo-bonnes corvéables à merci.
De plus, cette sorte de pitié mal placée à la sincérité parfois douteuse me met assez mal à l'aise.

Contrairement à certains préceptes religieux (et notamment judéo-chrétiens), il n’est dans l’intérêt de personne de se sacrifier pour les autres. Car pour bien soigner les patients, il faut avant tout être bien dans sa peau, ce qui implique de prendre soin de soi et cultiver sa vie personnelle.
 

Mais dans la réalité, ce n'est pas si simple. Car dans l'intérêt "suprême" des patients, il est communément admis que l’infirmier revienne au pied levé sur ses jours de repos pour remplacer un collègue malade, il est inconcevable qu’il fasse grève « pour de vrai », et noter les heures supplémentaires relève parfois de l'outrage envers la hiérarchie
(ah le fameux « si vous êtes en retard, c’est qu’il faut revoir votre organisation, mademoiselle ! »).

Rappelons que les dernières cornettes ont disparu seulement dans les années 70 en France, et que des religieuses continuent à assurer les soins infirmiers dans des pays proches de nous comme l'Espagne.

Si je peux me permettre une petite analyse, je dirais que les vieux principes religieux de « don de soi » servent à merveille la logique financière des hôpitaux d’aujourd’hui : 


Des équipes qui travaillent avec moins d’effectifs pour le même nombre de patients, et qui font en sorte de maintenir la qualité des soins par respect pour les personnes soignées, que demander de plus ?!

 

Une organisation sociale en « castes ».



Un peu comme dans la société indienne, le personnel hospitalier est divisé en sous-groupes, avec une notion de hiérarchie très présente selon le métier exercé. Aussi, plus que la personnalité des gens, c’est la fonction qui définit les rapports humains, avec une frontière importante entre le médical et le para-médical.

L'organigramme d'un service de soins dans un CHU pourrait se résumer ainsi :

 

Professions médicales                                               Professions paramédicales


Médecins séniors et assistants                                     

Cadre infirmier (surveillant)

Internes

Infirmiers, kiné, diététicien

Externes            

Aides soignants                              

Agents de service hospitaliers                 


 

Lorsqu’on n'est pas familiarisé avec le « milieu », on a vite fait de commettre des impairs, et d'affronter des réactions hostiles dont on ne comprend pas l’origine ! 

En effet, les relations hiérarchiques reposent largement sur un mode autorité / soumission.


Aussi, même s'il pense avoir raison, un soignant ne remettra pas en cause une décision d'une personne mieux placée que lui dans la hiérarchie (en tout cas pas devant lui !).

Tout au plus, le désaccord pourra s'exprimer par une interrogation, du type "ne penses-tu pas que l’on pourrait éventuellement envisager…".

De même, on aura tendance à dire, pour parler d'un chirurgien odieux, qu’il a un "contact particulier".
C’est une question de terminologie, de diplomatie, de protocole… toutefois indispensable pour être intégré dans le « système ».

Certes, le respect de la hiérarchie est également présent dans les entreprises privées.
La spécificité hospitalière, c’est peut être l'influence du statut hiérarchique dans les relations de tous les jours, les maladresses éventuelles pouvant rapidement prendre la forme de « crimes de lèse majesté »…



Une petite anecdote de quand j’étais étudiante... Alors que je participais à la "visite" avec l'interne et mon infirmière référente, j'ai constaté que celle-ci avait oublié de transmettre une information concernant un patient. J’ai donc pris l’initiative de compléter ses propos… Malheur à moi ! Elle m’a rétorqué que je n’avais pas à parler au médecin, encore moins lui dire ce qu’il avait à faire ! Elle s’est ensuite empressée de me faire une « réputation » auprès de l’équipe, disant que je ne savais pas rester à ma place d’étudiante.



Le difficile statut des étudiants


Le nombre de blogs tenus par des étudiants paramédicaux est révélateur !
Un an pour les aides-soignants, trois ans et demi pour les infirmiers, 50% de la formation assurée par les stages... Et parfois un sacré parcours du combattant !
 



La première "qualité" de l'étudiant est sa capacité à prendre sur lui et garder le sourire en toutes circonstances...

Le premier jour de chaque stage, il supportera la même petite phrase : "eh allez, encore un élève !"

Il s'habituera à ce que l’on ne fasse pas l’effort de retenir son prénom, et fera preuve d’abnégation pour réaliser différentes tâches ingrates (et peu formatrices en général), telles qu'aller porter les prélèvements au laboratoire, récupérer des médicaments à la pharmacie, brancarder les patients en examen, quand ce n’est pas tout simplement répondre aux sonnettes et nettoyer le matériel...


Il semblerait que les frustrations éprouvées par les professionnels de santé se reportent en partie sur les « maillons faibles » de la chaine… (les étudiants ayant la pression de l'évaluation en fin de stage).

Cette situation n’est pas sans conséquences : démotivation des étudiants, auto-dépréciation, voire abandon des études, ou reproduction des mêmes schémas persécuteurs par la suite…

C'est un peu dommage lorsque l’on connait la crise des vocations en ce moment.

Ce n’est qu’en fin de formation, lorsqu’il est capable « d’abattre une part de boulot », que l'étudiant acquiert une certaine reconnaissance professionnelle. Lorsqu’il obtient son diplôme, c’est la consécration ! Il devient instantanément un interlocuteur digne de ce nom, ce qui lui fait "tout bizarre"...! 


Néanmoins, en tant que jeune diplômé, il devra faire ses preuves quelques temps encore pour gagner la confiance des "anciens"...

Bienvenue dans la "boutique" !




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Un document intéressant publié en 2001 par le Conseil supérieur de la fonction publique hospitalière : "violence à l'hopital, observer pour mieux prévenir", pages 10 à 24

http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/pub_hosp/num21.pdf


Illustrations
: merci aux Shadoks, ça n'a pas pris une ride !
Plus de dessins sur : http://www.lesshadoks.com/

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 14:38




De prime abord, la question parait farfelue n'est-ce pas ?
J'entends presque arriver les premiers commentaires :

                  "Enfin ! tu est infirmier(ère), cela fait partie de ton travail que d'écouter les gens !"

                                        "Si les soignants n'écoutent plus les patients, qui le fera ?"


Je le pensais également jusqu'à ce que j'assiste à une conférence sur ce thème, animée par Florence Graff, psychologue au sein de l'association JALMALV*.

En redéfinissant la notion d'écoute, la "vraie", celle-ci m'a fait réfléchir et prendre conscience d'un paradoxe assez effrayant concernant l'exercice de la profession de soignant...


Pour résumer son exposé, "écouter l'autre" implique une neutralité bienveillante, ne pas proposer de solutions, mais permettre à l'autre de "vider son sac" sans se sentir jugé.

L'une des conditions INDISPENSABLES à l'écoute est donc la DISPONIBILITE, ce qui implique :

              - de pouvoir consacrer du temps ;
              - d'être suffisamment disponible dans sa tête pour être concentré sur les propos de l'autre.

Elle précise également que lorsque l'écoute est "inadaptée" (par exemple lorsque l'écoutant coupe la parole, essaie de dédramatiser, propose des conseils...), les conséquences pour la personne écoutée peuvent être plus néfastes que si elle ne s'était pas confiée du tout...!

En effet, elle pourra se sentir ridicule, de s'être plainte pour rien, mais aussi incomprise, frustrée, et sera tentée de s'enfermer davantage dans sa souffrance...

Il est donc important, lorsque l'on souhaite écouter une personne, de rechercher une certaine qualité de relation.

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Bien... Penchons nous à présent sur les conditions d'écoute proposées dans bon nombre d'établissements de santé, qui je pense ne peuvent être dissociées des conditions de travail.
Je ne prétends pas représenter l'ensemble des professionnels, je me baserai donc sur mon expérience :

- Effectifs calculés au plus juste, voire sous-effectifs flagrants ;
- Principe de gestion collective des patients ;
- Environnement mouvant (c'est le cas à partir du moment où l'on travaille en relation avec des êtres humains), dans lequel l'imprévu est fréquent ;
- Stress, pression des responsabilités.

Pour moi, par nature, un tel environnement NE PEUT PAS FAVORISER UNE ECOUTE DE QUALITE, car il rend le soignant peu disponible en temps et l'esprit préoccupé par de multiples taches à réaliser.

Mais dans le même temps CELA FAIT PARTIE DE CE QUE L'ON ATTEND DU SOIGNANT !

Peux-on à ce stade évoquer une certaine schizophrénie du système ?

Je n'ai malheureusement pas de solution réaliste à proposer, je voulais juste proposer cet éclairage.
C'est tout de même culpabilisant de prendre conscience que "mal écouter" peut être pire que de ne pas écouter du tout...

Pour terminer sur une note plus positive, heureusement les personnes malades ou dépendantes disposent souvent d'autres personnes ressources : famille, amis, psychologues...
J'insiste sur leur rôle essentiel, souvent peu reconnu.


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* JALMALV : "Jusqu'A La Mort Accompagner La Vie" = association proposant écoute et soutien aux personnes atteintes de cancers, en fin de vie, ainsi qu'à leurs familles.
http://www.jalmalv.fr/


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En guise d'annexe, un petit texte d'un auteur anonyme indien :


PEUX TU SIMPLEMENT ECOUTER ?


Quand je te demande de m'écouter et que tu commences à me donner des conseils, tu n'as pas fait ce que je te demandais.

Quand je te demande de m'écouter et que tu commences à me dire pourquoi je ne devais pas ressentir cela, tu bafoues mes sentiments.

Quand je te demande de m'écouter et que tu sens que tu dois faire quelque chose pour résoudre mon problème, tu m'as fait défaut, aussi étrange que ça puisse paraitre.

Ecoute, tout ce que je demande, c'est que tu m'écoutes.
Non que tu parles ou que tu fasses quelque chose : je te demande uniquement de m'écouter.

Les conseils sont bon marché, pour quelques sous j'aurai dans le même journal le courrier du coeur et l'horoscope.

Je peux agir par moi même, je ne suis pas impuissant, peut-être un peu découragé ou hésitant, mais non impotent.

Quand tu fais quelque chose pour moi, que je peux et ai besoin de faire moi-même,
tu contribues à ma peur, tu accentues mon inadéquation.

Mais quand tu acceptes comme un simple fait que je ressens ce que je ressens (peu importe la rationalité), je peux arrêter de te convaincre, et je peux essayer de commencer à comprendre ce qu'il y a derrière ces sentiments irrationnels. Lorsque c'est clair, les réponses deviennent évidentes et je n'ai pas besoin de conseils.

Les sentiments irrationnels deviennent intelligibles quand nous comprenons ce qu'il y a derrière.

Peut-être est-ce pour cela que la prière marche, parfois, pour quelques personnes, car Dieu est muet. Il ou Elle ne donne pas de conseils. Il ou Elle n'essaie pas d'arranger les choses. Ils écoutent simplement et te laissent résoudre le problème par toi même.

Alors s'il te plait, écoute et entends moi.

Et si tu veux parler, attends juste un instant et je t'écouterai.

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 16:06


Parfois, quand on me demande si je fais du sport, je m’amuse à répondre « oui, je fais 7h30 de marche rapide par jour », en faisant référence au boulot bien sur...

Positivons, voici quelques uns des avantages d’être infirmière à l’hôpital !

 

-         Je ne vois pas les heures passer…

-         Je n’ai pas besoin de faire de régime, et je peux me permettre des écarts alimentaires, en sachant que je vais brûler mes calories aussi sec.

-         Je deviens une pro de l’organisation et de la rationalisation des pas.

-         Je développe ma mémoire et ma capacité à faire plusieurs choses en même temps, ces deux derniers points pouvant se révéler fort utiles dans la vie de tous les jours...

 

Le seul petit inconvénient, c’est de rentrer chez soi avec l’impression d’avoir couru un semi-marathon, et à force, ça finit par épuiser.

 

Ambiance, prenons au hasard, un lundi matin …

 

7h15 : fin des transmissions entre l’équipe de nuit et l’équipe du matin, il ne faut pas traîner, la tranche horaire 7h-9h  est un « coup de feu » qui conditionne le reste de la matinée.

"Votre première mission, si vous l’acceptez", consiste à :

 

-         Réaliser les prises de sang pour votre groupe de 8 à 10 malades (et le lundi c’est ravioli, tout le monde y a droit).

-         Distribuer les comprimés pour que les patients puissent les prendre avec le petit déjeuner.

 

Ces deux taches sont prioritaires, car nous avons une double contrainte horaire à respecter :

 

-         le petit déjeuner est servi à partir de 8h15.

-         le coursier chargé d’acheminer les prélèvements aux labos passe à 8h45.

 

Nous endossons donc notre beau costume de serial-piqueuse… Ta-ta-tin !



Chambre 1...undefined

" Bonjoouûrr M. Trichon ! Je suis l’infirmière, je viens pour la prise de sang ! Vous avez bien dormi ? Non ? Ah c’est pas étonnant, les nuits sont rarement calmes à l’hôpital... Puis je voir vos veines s’il vous plait ? Comment ? Vous dites que je vais m’amuser pour en trouver une ? Ah ne vous inquiétez pas on va bien y arriver. […] 5 minutes plus tard… Voilà M. Trichon, c’est fini, je vous laisse les médicaments pour le petit déjeuner ! A tout à l’heure…"

 


Roaaam…. (ensachage, préparation de la prise de sang suivante)


Chambre 2...

 

" Bonjour Mme Bidouille ! C’est l’infirmière… (la dame : commeinnnt ???)  Je disais… C’EST L’INFIRMIERE !! J’AI UNE PTITE PRISE DE SANG CE MATIN.

VOUS AVEZ MAL AU VENTRE ? ECOUTEZ JE FINIS MES PRISES DE SANG ET JE VOUS APPORTE UN CALMANT…"

 

Rooaaaammmm… 


Chambre 3...

 

" M. Pichet bonjour ! Bla bla …. Bla …. Prise de sang !…. Bla bla bla...

Vous êtes tout mouillé ? Excusez moi mais il faut que je termine mes prises de sang, ma collègue aide-soignante va passer pour vous changer…"

 


Et ainsi de suite… Jusqu’à ce qu’on ait fini de remplir les précieux tubes et les voir partir, avec soulagement, le sentiment du devoir accompli. Mouaiiis, super !!!

 


Mais la journée ne fait que commencer, après cette mise en jambes, il faut repartir préparer les injectables, prendre les tensions, passer un peu plus de temps avec chaque patient pour faire le point, avant d’aider la collègue aide-soignante pour le nursing, puis viennent les pansements, les changements de cathéters, le tour de midi, patin, couffin…

Cette tranche de vie racontée sur un ton assez ironique cache malgré tout un sacré sentiment de malaise quand à la manière dont j’exerce mon métier et le type de relation que j’établis avec les patients.

 

Lorsque j’étais étudiante, et lors des premiers mois après le diplôme, j’avais une certaine conception des soins, fondée sur l’écoute, le dialogue, la construction d’une relation de confiance. 

Peut être ne m’y prenais-je pas comme il faut, mais le résultat était que j’étais tout le temps en retard, débordée par la charge de travail et de ce fait souvent en situation de panique, sans compter les heures sup’ qui s’accumulaient, et les dysfonctionnements occasionnés pour l’équipe qui travaillait avec moi…

 

J’ai donc du évoluer dans ma manière d’appréhender le travail, et voilà où j’en suis aujourd’hui : 

undefinedJe considère ma journée de travail comme une série de taches à effectuer dans un temps imparti, à réaliser le plus vite possible, car il y a toujours des imprévus. 

Répondre au téléphone, renseigner les visiteurs, faire le lien avec les autres professionnels (médecins, kinés, brancardiers…) sont autant de petites gouttes, certes utiles, mais qui représentent au final de précieuses minutes...

 



Si bien que je travaille avec une horloge dans la tête et je finis par zapper l’aspect humain du travail. 

Je me rends compte par exemple que j’hésite à engager de vraies conversations avec les patients afin de ne pas rester trop longtemps dans chaque chambre...

 

Exécutante, ouvrière qualifiée de la T2A (la tarification à l’activité, nouvel indicateur de rentabilité dans les hôpitaux), tel est mon ressenti actuel si je devais décrire ma profession.

Est-ce que j'ai envie de continuer à travailler comme ça ? Non.

Comment faire autrement ? Je cherche, pour l'instant c'est la seule manière qui me permet d'assurer les soins à l'échelle d'un service en étant relativement équitable.

Combien de temps vais-je tenir dans ces conditions ? Je ne sais pas.

 

Lynette (un brin désabusée en ce moment)

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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 01:21

 

Non, il ne s’agit pas de rendre hommage à un film d’horreur des années 80 mettant en scène un gros poisson, mais d'un phénomène fort d’actualité dans mon unité de soins (son nom varie peut être d'un établissement à l'autre). Il me semblait intéressant d’y consacrer un petit article.



ORCA… pour « Oh ! Regarde Cki Arrive » !!!
 

Pour la petite histoire, ORCA signifiait « organisation catastrophe », puis les spécialistes de la communication ont préféré l’appellation « plan blanc » (c’est plus zen !). Il s’agit de mesures d’urgence imposées par la direction lorsque l’afflux de personnes à soigner dépasse les capacités normales de l’hôpital.

On pourrait croire que cela n’arrive que dans des circonstances particulières, type canicule, épidémie, mais en fait, le phénomène tend à devenir chronique... Car rappelons-le, la spécificité première de l’hôpital public est d’accueillir TOUTES les urgences, qu’elles soient vitales, relatives, ou sociales (lorsque le maintien à domicile d’une personne âgée n’est plus possible, en attendant une autre solution, par exemple).

Concrètement, donc, lorsque le service d’accueil des urgences est plein, et que les autres services de l’hôpital le sont également, commence le remplissage des couloirs. Les patients supplémentaires, imposés aux services, sont gentiment appelés « lits ORCA ». 



lits-superpos--s-copie-1.jpgLe lit d'hopital du futur ?














En principe, ne devraient être installés dans les couloirs que des personnes dont l’état de santé est relativement léger, de sorte que les soins restent gérables et qu’un minimum de dignité et de pudeur soient assurés. En principe…

Il faut tout d’abord gérer les réactions des patients et surtout de leur entourage :

« Non mais vous ne vous rendez pas compte ! 
(intérieurement : sisi j’vous assure…)

Rester dans le couloir à la vue de tout le monde, c’est scandaleux, comment ça se fait ? » 
(alors euh, par quoi j’ commence… ?)


Plusieurs réponses peuvent alors être apportées, selon le caractère et l’humeur de chacun :

« C’est provisoire, dès qu’une chambre se libère on vous installe. » 
« Il vaut peut être encore mieux le couloir de chez nous que le couloir des urgences… »
(c’est vrai, c’est quand même plus convivial…)

Monique, une collègue infirmière, a trouvé la petite phrase qui détend l’atmosphère en général :

« Vous avez de la chance, c’est la plus grande chambre de l’hôpital !!! »

Aussi, une majorité de personnes est compréhensive et prend  (doublement, donc) son mal en patience… Cependant, il n’est pas rare que l’état de santé de certains patients soit incompatible avec le camping. Exemples choisis. 


-          Les patients ayant besoin d’oxygène.

Les urgences nous l’avaient assuré : « Il n’a pas besoin d’oxygène, les gaz du sang sont corrects ». Cependant, lorsque la personne arrive chez nous, le teint un brin cyanosé, la réalité est parfois autre… Une montée en altitude trop rapide, peut être ?

Comme le couloir n’est pas équipé en prises murales à oxygène, deux solutions s’offrent alors. La première consiste à sortir un patient de sa chambre pour le remplacer par la personne dans le couloir, ce qui est délicat et  pas toujours possible. La seconde est d’utiliser des obus portatifs, normalement réservés pour les transports en examen, mais l’autonomie est vite limitée… On trouve toujours une solution, mais c’est tout de même désorganisant. 


-          Les patients désorientés ou déments.

L’entrée à l’hôpital, par définition, bouleverse les repères de tout un chacun. Je vous laisse donc imaginer les conséquences psychiques pour une personne âgée atteinte de démence ou frappée par un accident vasculaire cérébral. Et si en plus on l’installe dans un couloir, à la vue de regards inconnus (soignants, visiteurs), et immergée dans le quotidien d’un service hospitalier (bruit permanent, odeurs, conversations), n’est-on pas déjà dans la maltraitance ?

Pour le personnel, certaines situations deviennent également difficiles à gérer car la désorientation entraine souvent des troubles du comportement. Le grand classique : le monsieur qui essaie de se lever seul pour aller aux toilettes, (avec sa sonde urinaire, bien sur !) et que l’on retrouve à cheval entre le sol, la barrière du lit et le matelas…

On peut enfin se demander si soigner une personne à la vue de tout le monde est compatible avec le respect du secret médical…

 

C’est l’histoire d’un mec… 

Une petite anecdote pour la route, toute chaude d’hier. Mr F. est muté des urgences en lit ORCA. Le premier contact est plutôt rude, et pour cause : le patient n’a pas été prévenu du « privilège » qui lui a été réservé, par conséquent il ne veut pas rester. Renseignements pris auprès du service d’accueil des urgences, il n’y a pas d’autre solution, il n’est pas question qu’il redescende, la mutation est donc entérinée. Après dialogue avec le patient, celui-ci accepte finalement de rester, et en consultant son dossier médical, nous comprenons pourquoi : il est actuellement suivi en hématologie pour une leucémie, et ses défenses immunitaires sont affaiblies. Il est donc particulièrement sensible aux infections en tout genre. Ce n’est pas que notre couloir soit sale-sale, mais il reste un espace ouvert aux quatre vents. Il y a comme « un truc de pas cohérent », quoi.

A un moment, l'esprit quelque peu fatigué en fin de journée, nous avons pensé fabriquer un petit panneau « sens interdit » à l’attention des microbes. Avec un peu de chance, ils passeraient peut être leur chemin, un peu comme le nuage de Tchernobyl à l'approche des frontières françaises… 
On ne l’a pas fait, ce n’est pas si drôle…

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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 10:45

Nous sommes le 11 janvier 2008 et je goûte au repos d’une semaine de vacances bien méritée ; il s'agit en effet de jours qui étaient à prendre avant le 31 décembre dernier... 
Il faut croire que le boulot me manque pour profiter de ces quelques jours de répit pour créer un blog infirmier…! Me manque, non. Mais me permet de le voir différemment, certainement.

Pour me présenter en quelques mots, j’ai 30 ans et j’ai obtenu mon diplôme il y a un peu plus d’un an, autant dire que la retraite, ce n’est pas pour tout de suite...
Auparavant, j’étais assistante commerciale et j’ai travaillé plusieurs années en entreprise.

J’ai voulu devenir infirmière pour être en accord avec mes valeurs, pour ne plus travailler (uniquement) pour rapporter de l’argent, pour prendre soin des autres et si possible apporter quelque chose de positif à la société. Une vraie vision d’idéaliste !

Aujourd’hui, j’aime ce que je fais, mais je constate aussi que ce métier m’épuise assez souvent et que la limite entre vie professionnelle et vie personnelle est difficile à établir. Il y a des jours où je me demande combien de temps je vais tenir à ce rythme, ou s’il n’est pas préférable d’aller « planter des patates ». (certaines de mes collègues trouvent des variantes plus poétiques, parlant d'ouvrir un magasin de fleurs ou une boulangerie...)

J’ai choisi de travailler à l’hôpital public pour me former, et parce que nous accueillons tous types de patients, notamment ceux dont la situation est précaire, à la différence du privé. Mais à terme, je ne me vois pas y rester trente ans. Je me vois bien saisir les opportunités qui se présenteront au fil du temps.

Au fait, je travaille au CHU de Grenoble.
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 16:59

femme-en-blanc.jpgSérial piqueuse, c'est le journal d'une infirmière de l'hopital public. A force de se dire entre collègues "avec tout ce que l'on voit, on pourrait écrire un livre", ça finit par donner des idées...!
Vous y trouverez des anecdotes, des réflexions, mais aussi des infos pratiques concernant l'univers hospitalier, que vous soyez professionnel de santé ou usager.

(Pour l'instant, je parle au futur car tout reste à faire, et je ne suis pas encore une "serial bloggeuse" voyez vous !)
Probablement aussi que je ne résisterai pas à l'envie d'aborder d'autres sujets de société et d'actualité, sur lesquels je vous invite à réagir si vous le souhaitez.

A très bientot

Lynette

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