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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 13:33



C’était le 24 décembre dernier, à l’heure où la plupart d’entre nous étaient réunis en famille pour les réjouissances d'usage de cette fin d’année. Devant les écrans de télévision, que l’on ne manque jamais de laisser allumés, nous apprenons avec stupéfaction le décès d’Yliès, trois ans, suite à une erreur de l’infirmière qui lui a injecté du chlorure de magnésium à la place d’un sérum glucosé.


L’affaire prend rapidement des proportions nationales, à grands renforts de témoignages à chaud de l’entourage du petit garçon, et alors que l’enquête ne fait que commencer (par ailleurs, où est le respect de la présomption d’innocence et du secret de l’instruction ?).

Le nez devant notre part de dinde et de buche glacée, il est difficile de ne pas culpabiliser et s’identifier à la famille endeuillée.
« Quelle horreur, et si c’était nous… et le jour de Noel en plus ! »


Attention, loin de moi l’idée de minimiser le drame vécu par cette famille. Mais je tiens à dénoncer ce qui me donne envie de vomir : l’instrumentalisation de cet événement à des fins purement politiques.

En effet, depuis « l’affaire Yliès », il n’est pas un jour sans que de nouveaux faits divers dramatiques mettant en cause une erreur médicale ou un dysfonctionnement de l’hôpital ne soient révélés par la presse… Et oh coincidence, voila que l'on nous présente dans la foulée la grande réforme indispensable au système hospitalier français.

 



Quand empêcherons-nous M. Sarkozy de jouer avec nos peurs ?



Malheureusement c’est devenu une habitude. Lorsque M. Sarkozy a une loi ou une réforme sensible à faire accepter, il prépare au préalable l’opinion publique en créant un « buzz » autour du thème en question.

Les médias, tous supports confondus, relaient alors une série de faits divers occupant le terrain de l’actualité sur une quinzaine de jours, visant à démontrer qu’il y a « un réel problème en France », puis tout le bien-fondé de la loi en question.

Le gouvernement n’a ensuite plus qu’à surfer sur la vague des émotions suscitées. Et étrangement, une fois la loi votée, le thème qui faisait tant débat redevient instantanément très secondaire...


Ce même type de procédé fut utilisé pour traiter de la délinquance juvénile, des criminels multirécidivistes, des chiens dangereux, ou encore des accidents de la route provoqués tour à tour par des conducteurs âgés, des personnes diabétiques ou encore des passages à niveaux ( !).



Liberté ? Egalité ? Sécurité…


Je ne surprendrai personne en disant que les problèmes de société ne manquent pas en France.

Combien de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ? Au chômage ? Dans un logement insalubre, voire à la rue ? Combien de décès liés aux maladies professionnelles ? Combien de personnes âgées en manque de reconnaissance, de soins et d’affection dans les maisons de retraite et unités de long séjour ?...


Ces problèmes là sont connus depuis longtemps, trop peut être… Alors, en plus d’être difficiles à résoudre, ils n’intéressent plus grand monde. Les gens souffrent et cela fait partie du paysage…


En revanche, les questions liées à la sécurité des français, elles, sont indémodables. Et c’est logique, car elles entrent en résonance avec les peurs enfouies en chacun de nous : nous craignons tous pour la vie de nos enfants, notre conjoint, nos parents...

Il est donc facile de nous manipuler, et nous faire accepter des réponses à base de mesures répressives, de fichiers de renseignement, ou de nouveaux effectifs policiers. « C’est pour la bonne cause, n’est ce pas ?! »


Malheureusement, en plus de restreindre les libertés individuelles, l'exploitation de la peur favorise l'instauration d'un climat de suspicion, dans lequel autrui devient un danger potentiel...
Quelle est la place du dialogue et de la prévention, aujourd'hui ?




L’hôpital dans l’œil du cyclone…


Concernant la prétendue « série noire à l’hôpital », la manoeuvre médiatique est flagrante. Et mise à jour par l'UMP lui-même !

Le Dr Philippe Juvin, secrétaire national chargé de la santé, vient en effet d’annoncer qu’il y aurait 10 000 décès par an provoqués par des erreurs médicales en France.

Donc, si on peut « exploiter » jusqu’à 27 faits divers par jour, comment cela se fait-il que l’on n’en parlait pas avant ce fameux 24 décembre ?...
A méditer.

 

Mais bien plus inquiétante encore est sa proposition dans un interview accordé au Journal du Dimanche le10 janvier :

"Il faudrait obliger tous les hôpitaux à faire systématiquement une enquête après chaque décès, y compris dans les cas qui ne semblent pas liés à l’exercice de la médecine. Une fois que tous ces décès auront été passés au crible, une fois qu’on disposera d’une base de données nationale, une fois qu’on aura fait ce que les spécialistes de l’aéronautique appellent une analyse systémique du risque, on pourra mettre en place des mesures correctrices. Bien sûr, certains établissements renâcleront à déclarer les accidents. Mais les sous-déclarations seront aisément repérées. Dans ce cas-là, on pourra envoyer des enquêteurs dans les hôpitaux, comme cela se fait déjà aux Etats-Unis."

http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200902/hopital-ces-10-000-morts-annuels-sont-evitables_178182.html



Lorsque Mme Bachelot s'appliquait à résumer les problèmes du système hospitalier à un "manque d'organisation", j'étais déjà fort en colère, surtout devant l'absence de dialogue avec les syndicats.

Là, je suis atterrée. Il ne manquait plus que ce genre de propos pour instaurer une crise de confiance profonde et durable entre patients et soignants, et tendre vers une judiciarisation des relations (comme aux Etats-Unis, effectivement...). 

"L’affaire Yliès" s'est chargée de nous rappeler que les soignants pouvaient commettre des erreurs, que le risque zéro en matière de santé n'existait pas... Mais nous ne sommes peut être plus capables de l'accepter, habitués à toujours plus de performance et de qualité, dans tous les domaines.


La médecine ne pourra jamais être un produit de consommation comme les autres
.
 

Même assignée à des obligations de résultat de plus en plus grandes, elle restera pratiquée par des êtres humains pour des êtres humains, tous deux non prévisibles et non perfectibles à 100 %.

 



Enfin, il me semble particulièrement malsain de focaliser l’attention sur le moment du décès des personnes, car une partie de la réalité est occultée.

Prenons un exemple : un homme de 65 ans décède d’un infarctus du myocarde à son domicile.
Faut-il attribuer la responsabilité :


- Aux services de secours qui ne sont pas intervenus à temps ? 
- A l'hôpital, dont la salle de coronarographie était occupée, ou le nombre de lits en réanimation insuffisant ?


Ne serait-il pas également judicieux de s’interroger sur les facteurs qui ont amené cette personne à faire un infarctus, tels qu'un régime alimentaire inadapté, le manque d’exercice physique, le tabagisme...?


Enfin, si une personne de l’entourage avait été formée aux gestes de premiers secours, les chances de survie de cet homme n’auraient-elles pas été augmentées ? 

A titre d'information, 27% des français sont formés aux gestes d'urgence, contre 80% en Allemagne... (source : Croix Rouge Française)



Les problématiques de santé sont complexes et dépassent de loin le cadre hospitalier.

En tant que soignante, je trouve particulièrement injuste, inadapté, malsain, partial, le procès actuellement intenté au système hospitalier français. 
La réforme censée apporter des réponses se trompe de cible.

Il est illusoire d'espérer améliorer la qualité des soins par une simple réorganisation, sans augmenter les effectifs.

Mais selon moi, nos dirigeants en sont tout à fait conscients. Et la qualité des soins est un écran de fumée destiné à rendre acceptable des mesures dont l'objectif est avant tout de rentabiliser financièrement notre système de santé.

 

 

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commentaires

Jérôme Granier 29/04/2009 10:11

Bonjour,
je suis en grande partie d'accord avec vous, en particulier sur l'instrumentalisation de nos peurs.

Ceci dit, je crois qu'il ne faut pas confondre le "procès" de l'hôpital (ou de son organisation) et le "procès" des soignants. A ce sujet, je vous conseille de lire l'article http://www.anesthesie-foch.org/s/article.php3?id_article=138 sur le site de l'hopital Foch, qui montre bien comment les analyses de risque permettent de reporter la responsabilité des erreurs médicales sur l'organisation (et non pas sur les individus), organisation que la direction de l'hôpital se doit d'améliorer (avec des moyens).

Merci pour votre blog passionnant !!

la sixiemme couleur 13/01/2009 18:39

re,
voila trop ennervé!lol! meme l'ordi se met a poster deux fois le meme com!!!

la sixiemme couleur 13/01/2009 18:37

salut!
le sujet qui fache!
bien sur que c'est malsain et injuste cette espece de proces concocté par des gens qui ne pensent qu'en termes de rentabilité et productivité(mots bizarrement absents des cours en ifsi!!!)
reorganisation!!!oui bande de salauds,comment reorganiser sans augmenter l'effectif?on s'extenue a 4 pour 40 lits et on ose nous dire que l'effectif est complet, il faut reorganiser:ben oui! il faut croire que l'on travaille mal ou ne sait pas travailler,nous avons grand besoin de bureaucrates et autre nantis pour nous apprendre a faire ce qu'ils n'imaginent meme pas...
quand on sait que des ex directeurs commerciaux sont aux postes de chef d'etablissements,il n'est pas difficile de comprendre ce qui preocupe ces messieurs........
j'ai quitté l'usine pour ne plus travailler a la chaine,mais bien des fois j'ai le sentiment de déja vu ou d'y etre encore,c'est bien triste,et pourtant........

la sixiemme couleur 13/01/2009 18:37

salut!
le sujet qui fache!
bien sur que c'est malsain et injuste cette espece de proces concocté par des gens qui ne pensent qu'en termes de rentabilité et productivité(mots bizarrement absents des cours en ifsi!!!)
reorganisation!!!oui bande de salauds,comment reorganiser sans augmenter l'effectif?on s'extenue a 4 pour 40 lits et on ose nous dire que l'effectif est complet, il faut reorganiser:ben oui! il faut croire que l'on travaille mal ou ne sait pas travailler,nous avons grand besoin de bureaucrates et autre nantis pour nous apprendre a faire ce qu'ils n'imaginent meme pas...
quand on sait que des ex directeurs commerciaux sont aux postes de chef d'etablissements,il n'est pas difficile de comprendre ce qui preocupe ces messieurs........
j'ai quitté l'usine pour ne plus travailler a la chaine,mais bien des fois j'ai le sentiment de déja vu ou d'y etre encore,c'est bien triste,et pourtant........