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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 09:21



"Engagez-vous, rengagez-vous", qu'y disaient...

En cette période de sortie des écoles d'infirmiers, et donc de course au recrutement pour les établissements de santé, il me paraissait important de diffuser l'information suivante, attirer l'attention sur un "point de détail" des statuts de la fonction publique hospitalière : les conditions de départ des agents...

Cet article, "légèrement autobiographique" comme vous vous en doutez, n'a pas pour objet de diaboliser l'hôpital public, mais d'informer sur un certain aspect des droits et devoirs du fonctionnaire. 



   "la FPH, on sait quand on y rentre, pas forcément quand on pourra en sortir !!!"




            Vous le savez maintenant, j'aime bien provoquer un peu... Mais regardons-y de plus près.



*   Le cas le plus facile : les contractuels


Les "contractuels" ne sont pas fonctionnaires, ce sont des agents recrutés en contrat à durée déterminée. Par conséquent, c'est le droit du travail du secteur privé qui s'applique.

Le salarié peut alors quitter l'établissement à la fin de son contrat, ou encore interrompre son contrat en donnant sa démission. Il devra alors respecter un préavis :

-      8 jours si moins de 6 mois de services
-      1 mois entre 6 mois et 2 ans de services
-      2 mois si plus de 2 ans de services

Dans la pratique, je vous conseille de prévenir votre hiérarchie le plus tôt possible. Il est bien difficile de compenser les départs, aussi vous allez vous attirer les foudres de vos supérieurs si vous les prévenez au dernier moment (et un mois, c'est déjà "le dernier moment"...).



*   Stagiaires et titulaires : la "sécurité de l'emploi", oui mais... 


Après quelques mois de bons et loyaux services en tant que contractuel, votre hiérarchie vous propose une "stagiérisation"... A priori, c'est une bonne nouvelle : si l'hôpital souhaite vous garder, c'est que globalement, vous avez fait vos preuves.

Pendant la stagiérisation, vous continuez d'être évalué, et si tout se passe bien, vous êtes titularisé au bout d'un an et obtenez le fameux statut de fonctionnaire. Il présente certains avantages : augmentation assurée de la rémunération en fonction de l'ancienneté (système des échelons), primes, et surtout cotisation au système de retraite des fonctionnaires (à l'heure où j'écris, la pension à taux plein s'élève toujours à 75% du dernier salaire !).

Mais vous devez savoir que cette sécurité est à double tranchant ! En effet, à partir du moment où vous signez votre stagiérisation, vous vous engagez envers l'administration, et dorénavant,
vos choix de carrière seront soumis à son bon vouloir...


Ainsi, plusieurs de mes collègues attendent désespérement leur mutation dans un autre service depuis presqu'un an, la raison invoquée étant la difficulté de remplacement à leur propre poste, ou l'avis défavorable de l'un des cadres hiérarchiques.

Pour les "détachements", les "disponibilités", c'est la même chose : vous effectuez votre demande via un formulaire, qui est visé à tous les niveaux, puis sous quelques semaines vous recevez une réponse. Très souvent, compte tenu des sous-effectifs chroniques, mieux vaut ne pas être trop pressé...



*   Démissionner  lorsque l'on est titulaire...


J'en arrive à mon expérience : ayant depuis quelques temps le projet de travailler à l'étranger, j'ai demandé début septembre une disponibilité de trois ans à compter du 1er janvier 2009. Après un entretien tout à fait cordial avec ma cadre sup, j'ai reçu un avis favorable, "sous réserve de remplacement", avant de recevoir dans un deuxième temps une réponse négative des ressources humaines, jugeant mon remplacement impossible actuellement et me demandant de repousser mon départ hypothétique au mois de mai 2009...

Comme mon projet me tient à coeur, et n'ayant aucune garantie de pouvoir partir dans six mois, j'ai choisi de reprendre ma liberté, et démissionner.

Je pensais que c'était la seule solution pour se rendre disponible rapidement, moyennant un préavis de quelques mois. Mais j'ai appris, non sans effarement, que là encore, c'est "big brother" qui décide...

Comme le dit avec humour un certain  "Leopold Anasthase" dans un forum consacré au même thème,


              "le fonctionnaire ne démissionne pas, il demande (poliment) l'autorisation de partir !"


Vous ne rêvez pas... L'administration peut tout à fait refuser votre démission. Et même si vous disposez de recours, votre date de départ sera repoussée d'autant... Car, la deuxième "bonne nouvelle", c'est que vous avez l'obligation d'assurer la continuité des soins, aussi, si vous décidez de partir de fait (abandon de poste), vous pouvez être sanctionné disciplinairement et financièrement.

Vous trouverez davantage de détails sur les différentes étapes de la procédure en cliquant sur les liens en fin d'article, les sites de la CGT et infirmiers.com sont assez clairs.

Pour ma part, je trouve la logique de ce système assez effrayante, d'autant plus que lors de ma stagiérisation, je n'ai jamais été informée sur cette question. J'attends aujourd'hui la réponse de ma hiérarchie concernant mon devenir...


Plus grave, prenons le cas d'un soignant en difficulté sur son lieu de travail, qui souhaite quitter celui-ci au plus vite. Si sa hiérarchie s'obstine à s'opposer à son départ, que lui reste t'il comme alternative ?

a/ Continuer à travailler jusqu'à l'épuisement ou au pétage de plombs ?
b/ Se faire arrêter et couter cher à l'assurance maladie ? 
c/ Partir sans laisser d'adresse en Alaska ? 


L'image des menottes de velours vous parle t'elle ?
Vos témoignages sont les bienvenus.



Webographie :


Légifrance, statuts de la fonction publique hospitalière, loi n° 86-33 du 09 janvier 1986 :

Syndicat CGT


Infirmiers.com : carrière, la démission

Infirmiers.com : forum "démission dans la fonction publique"


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Published by Lynette - dans Infos pratiques
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commentaires

Laurent 05/07/2009 12:29

Bonjour Corinne,
J'ai lu vos posts, et je vous rassure, l'âge mûre, ça aide pour ce cursus et une expérience dans un autre métier également. J'ai moi même quitté un métier de technicien en informatique pour dans un premier temps exercer en qualité d'aide soignant, et aujoud'hui je suis en formation d'infirmier... fin prévue pour avril 2010. La formation passe vite, profites en un maximum, de plus tu auras le privilège de suivre le nouveau programme... ton avis interessera beaucoup de monde, alors pourquoi pas créer ton blog ?

Lynette, merci pour vos artcicles... très interesants et vos avis pertinents... je continue à vous lire, merci et @+

Laurent

corinne 30/06/2009 12:56

Bonjour Lynette !
Voilà, ça y est, je suis admise à l'AP-HP avec 14 en culture gé, 17 en tests psychotechniques et 18 à l'oral. Je suis très heureuse de devenir bientôt une "collègue".
Merci de tes encouragements, ils m'ont servi lors de ma préparation et merci pour ce que tu as voulu partager avec ce blog.
J'espère que tu vas bien et que tes projets aboutissent.
Joyeusement,
Corinne

Lynette 30/06/2009 21:06



Hello Corinne ! Quel plaisir d'avoir de tes nouvelles, et des bonnes en plus !
Je suis très heureuse pour toi, tu récoltes les fruits de ton investissement, c'est mérité.
Il ne te reste plus qu'à profiter de tes vacances pour démarrer en forme à la rentrée...
Merci pour tes encouragements, en ce moment le blog est quelque peu en stand by... En fait le boulot d'intérim me demande bcp d'énergie, et j'essaie de profiter de mon temps libre pour sortir.
J'essaierai de revenir bientot avec de nouveaux sujets et anecdotes...
La bise et encore bravo !

Lynette


corinne 14/12/2008 12:51

Merci à toi.

corinne 13/12/2008 12:19

Lynette, merci beaucoup de ta réponse, merci de nuancer et d'encourager...
Chaque jour je me sens de plus en plus engagée dans cette voie, évidemment, on a toujours un peu peur de se tromper, surtout à mon "grand âge", je me dis que c'est ma dernière chance de faire enfin un métier qui me plait. Je suis une grande fille, je sais que ce ne sera pas facile tous les jours, cependant,je ne peux tout simplement plus travailler à vendre des "trucs" auxquels je ne crois pas, passer ma vie à me dire que je ne suis pas à ma place dans le "système".
Je viens d'une famille peuplée d'infirmiers, éducateurs et autres. Il a fallu quelques années pour que j'admette que c'est probablement des vocations à fort caractère génétique...
Quant à mes enfants, j'en suis sûre, seront plus heureux avec une maman qui sait enfin pourquoi elle va travailler le matin.
Maintenant, il faut que j'obtienne des Assédics qu'ils me "financent durant trois ans... Première bataille.
Encore merci !

Lynette 14/12/2008 10:50



Re-Bonjour Corinne !


 


Je suis bien d'accord avec toi. C'est important d'être épanoui dans ce que l'on fait,
car mine de rien, le travail occupe une grande partie de notre vie. J'ai également travaillé dans la vente auparavant et j'ai changé pour
les mêmes raisons : besoin de donner du sens à ce que je fais, être en accord avec mes valeurs. Il n'est jamais trop tard, et justement c'est bien de s'en rendre compte, il y a tellement de gens
qui continuent dans une voie coute que coute, qui en souffrent et qui répercutent cette souffrance dans leur vie personnelle et leur entourage... Alors ne te laisse pas décourager par tous ceux
qui ne te raconteront que les aspects négatifs de la profession, car il y a bien plus que ça.


Tu sembles avoir les pieds sur terre, alors fais toi confiance, franchis les étapes une par une, et tu y arriveras. N'hésites pas si tu as des questions, même par la suite.


Amitiés


Lynette



louchaco 12/12/2008 10:52

Les salaires n'augmenteront pas, il ne faut pas rêver!Et les études ne sont pas revalorisées, bien au contraire : l'écrit au DE qui permettait aux étudiants de réviser leurs trois années et aux corecteurs de vérifier la bonne utilisation de la langue française a été éliminé des épreuves. On peut dorénavant être IDE en faisant une faute à chaque mot!!!
De plus, les prochaines réformes nous promettent moins d'heures de cours. Nous sommes l'une des rares professions où, face à la pénurie, on baisse le niveau des études!
Avant de te lancer, sache que ctte profession est difficile quand on est seule avec des enfants : les horaires sont décalés, on travaille les we et les nuits et les cadres se contrefichent de la vie privée des personnels. Donc prépare toi à voir tes enfants s'élever tous seuls.....

Lynette 12/12/2008 14:14


Bonjour Louchaco, bonjour Corinne !

Je m'permets de répondre à vos deux commentaires, et tenter d'apporter une petite note d'optimisme...

A Corinne : c'est très courageux de reprendre les études, et effectivement c'est dur, il ne faut pas se le cacher. Il y a 18 mois de stages dans autant de structures différentes à réaliser, et en
tant qu'étudiant on n'est pas toujours bien considéré par les équipes soignantes, qui ont à encadrer les "élèves" (comme ils disent) en plus d'être auprès des patients. Mais cela se fait, et les 3
ans et quelques mois passent très vite ! Si je peux te donner un conseil, essaie d'obtenir une subvention de la part du conseil régional (CNASEA) ou de l'état, afin d'éviter au maximum d'avoir à
travailler en parallèle. Ce sera autant de fatigue en moins et de présence en plus auprès de tes enfants. Comme on a besoin d'infirmiers, les budgets ont été augmentés du coté des bourses. Ensuite,
effectivement, l'exercice de la profession infirmière comporte de nombreuses contraintes, mais nous avons également la chance de pouvoir facilement changer d'employeur, donc d'avoir le choix ! Pour
ma part, j'ai quitté la fonction publique pour faire de l'intérim, et dans quelques temps j'espère pouvoir partir à l'étranger. Humainement, ce métier reste formidable, je n'en changerais pas.

A Louchaco : la question des salaires est épineuse... Car revalorisation des études à bac+3 signifie réévaluer les grilles salariales de la FPH, par conséquent augmenter simultanément des milliers
d'agents. Et dans le contexte économique actuel, effectivement, c'est pas gagné ! Jusqu'au moment où l'hopital public ne parviendra plus à embaucher, à force d'être en concurrence avec le
privé. Ils seront alors forcés de revoir les salaires à la hausse, c'est la loi de l'offre et de la demande...
Je pense également que nous, soignants, sommes en partie responsables de notre sort. Nous ralons souvent entre nous, à voix basse, mais lorsqu'il faut se mettre d'accord et argumenter face à
la hiérarchie, il y a beaucoup moins de monde... Si l'ordre infirmier parvenait à acquérir une vraie légitimité au niveau des instances nationales, cela aiderait probablement aussi. 

Bref, meme si c'est dur, ne devenons pas des soignants blasés !
Corinne, si tu penses que la profession infirmière te permettra de t'épanouir, fonces.
(Si c'est trop difficile, tu pourras toujours revenir en arrière)
Bon courage !