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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 01:21

 

Non, il ne s’agit pas de rendre hommage à un film d’horreur des années 80 mettant en scène un gros poisson, mais d'un phénomène fort d’actualité dans mon unité de soins (son nom varie peut être d'un établissement à l'autre). Il me semblait intéressant d’y consacrer un petit article.



ORCA… pour « Oh ! Regarde Cki Arrive » !!!
 

Pour la petite histoire, ORCA signifiait « organisation catastrophe », puis les spécialistes de la communication ont préféré l’appellation « plan blanc » (c’est plus zen !). Il s’agit de mesures d’urgence imposées par la direction lorsque l’afflux de personnes à soigner dépasse les capacités normales de l’hôpital.

On pourrait croire que cela n’arrive que dans des circonstances particulières, type canicule, épidémie, mais en fait, le phénomène tend à devenir chronique... Car rappelons-le, la spécificité première de l’hôpital public est d’accueillir TOUTES les urgences, qu’elles soient vitales, relatives, ou sociales (lorsque le maintien à domicile d’une personne âgée n’est plus possible, en attendant une autre solution, par exemple).

Concrètement, donc, lorsque le service d’accueil des urgences est plein, et que les autres services de l’hôpital le sont également, commence le remplissage des couloirs. Les patients supplémentaires, imposés aux services, sont gentiment appelés « lits ORCA ». 



lits-superpos--s-copie-1.jpgLe lit d'hopital du futur ?














En principe, ne devraient être installés dans les couloirs que des personnes dont l’état de santé est relativement léger, de sorte que les soins restent gérables et qu’un minimum de dignité et de pudeur soient assurés. En principe…

Il faut tout d’abord gérer les réactions des patients et surtout de leur entourage :

« Non mais vous ne vous rendez pas compte ! 
(intérieurement : sisi j’vous assure…)

Rester dans le couloir à la vue de tout le monde, c’est scandaleux, comment ça se fait ? » 
(alors euh, par quoi j’ commence… ?)


Plusieurs réponses peuvent alors être apportées, selon le caractère et l’humeur de chacun :

« C’est provisoire, dès qu’une chambre se libère on vous installe. » 
« Il vaut peut être encore mieux le couloir de chez nous que le couloir des urgences… »
(c’est vrai, c’est quand même plus convivial…)

Monique, une collègue infirmière, a trouvé la petite phrase qui détend l’atmosphère en général :

« Vous avez de la chance, c’est la plus grande chambre de l’hôpital !!! »

Aussi, une majorité de personnes est compréhensive et prend  (doublement, donc) son mal en patience… Cependant, il n’est pas rare que l’état de santé de certains patients soit incompatible avec le camping. Exemples choisis. 


-          Les patients ayant besoin d’oxygène.

Les urgences nous l’avaient assuré : « Il n’a pas besoin d’oxygène, les gaz du sang sont corrects ». Cependant, lorsque la personne arrive chez nous, le teint un brin cyanosé, la réalité est parfois autre… Une montée en altitude trop rapide, peut être ?

Comme le couloir n’est pas équipé en prises murales à oxygène, deux solutions s’offrent alors. La première consiste à sortir un patient de sa chambre pour le remplacer par la personne dans le couloir, ce qui est délicat et  pas toujours possible. La seconde est d’utiliser des obus portatifs, normalement réservés pour les transports en examen, mais l’autonomie est vite limitée… On trouve toujours une solution, mais c’est tout de même désorganisant. 


-          Les patients désorientés ou déments.

L’entrée à l’hôpital, par définition, bouleverse les repères de tout un chacun. Je vous laisse donc imaginer les conséquences psychiques pour une personne âgée atteinte de démence ou frappée par un accident vasculaire cérébral. Et si en plus on l’installe dans un couloir, à la vue de regards inconnus (soignants, visiteurs), et immergée dans le quotidien d’un service hospitalier (bruit permanent, odeurs, conversations), n’est-on pas déjà dans la maltraitance ?

Pour le personnel, certaines situations deviennent également difficiles à gérer car la désorientation entraine souvent des troubles du comportement. Le grand classique : le monsieur qui essaie de se lever seul pour aller aux toilettes, (avec sa sonde urinaire, bien sur !) et que l’on retrouve à cheval entre le sol, la barrière du lit et le matelas…

On peut enfin se demander si soigner une personne à la vue de tout le monde est compatible avec le respect du secret médical…

 

C’est l’histoire d’un mec… 

Une petite anecdote pour la route, toute chaude d’hier. Mr F. est muté des urgences en lit ORCA. Le premier contact est plutôt rude, et pour cause : le patient n’a pas été prévenu du « privilège » qui lui a été réservé, par conséquent il ne veut pas rester. Renseignements pris auprès du service d’accueil des urgences, il n’y a pas d’autre solution, il n’est pas question qu’il redescende, la mutation est donc entérinée. Après dialogue avec le patient, celui-ci accepte finalement de rester, et en consultant son dossier médical, nous comprenons pourquoi : il est actuellement suivi en hématologie pour une leucémie, et ses défenses immunitaires sont affaiblies. Il est donc particulièrement sensible aux infections en tout genre. Ce n’est pas que notre couloir soit sale-sale, mais il reste un espace ouvert aux quatre vents. Il y a comme « un truc de pas cohérent », quoi.

A un moment, l'esprit quelque peu fatigué en fin de journée, nous avons pensé fabriquer un petit panneau « sens interdit » à l’attention des microbes. Avec un peu de chance, ils passeraient peut être leur chemin, un peu comme le nuage de Tchernobyl à l'approche des frontières françaises… 
On ne l’a pas fait, ce n’est pas si drôle…

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Published by Lynette - dans Blog infirmier
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commentaires

Pierre 22/10/2008 09:44

Infirmier dans un service de cardiologie d'un grand CHU, le lit ORCA est effectivement une situation chronique. Surtout quand des entrées de patients programmés pour une coronarographie se retrouvent en lits ORCA !!!!
De notre côté, trouvant la situation inacceptable pour les patients et pour le personnel soignant, nous commençons à protester contre les chefs de service... Affaire à suivre...
Toujours est-il que les situations exposées dans votre article, nous les rencontrons quotidiennement!
Luttons pour la survie de l'Hôpital public mais pas dans ces conditions !!!