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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 14:38




De prime abord, la question parait farfelue n'est-ce pas ?
J'entends presque arriver les premiers commentaires :

                  "Enfin ! tu est infirmier(ère), cela fait partie de ton travail que d'écouter les gens !"

                                        "Si les soignants n'écoutent plus les patients, qui le fera ?"


Je le pensais également jusqu'à ce que j'assiste à une conférence sur ce thème, animée par Florence Graff, psychologue au sein de l'association JALMALV*.

En redéfinissant la notion d'écoute, la "vraie", celle-ci m'a fait réfléchir et prendre conscience d'un paradoxe assez effrayant concernant l'exercice de la profession de soignant...


Pour résumer son exposé, "écouter l'autre" implique une neutralité bienveillante, ne pas proposer de solutions, mais permettre à l'autre de "vider son sac" sans se sentir jugé.

L'une des conditions INDISPENSABLES à l'écoute est donc la DISPONIBILITE, ce qui implique :

              - de pouvoir consacrer du temps ;
              - d'être suffisamment disponible dans sa tête pour être concentré sur les propos de l'autre.

Elle précise également que lorsque l'écoute est "inadaptée" (par exemple lorsque l'écoutant coupe la parole, essaie de dédramatiser, propose des conseils...), les conséquences pour la personne écoutée peuvent être plus néfastes que si elle ne s'était pas confiée du tout...!

En effet, elle pourra se sentir ridicule, de s'être plainte pour rien, mais aussi incomprise, frustrée, et sera tentée de s'enfermer davantage dans sa souffrance...

Il est donc important, lorsque l'on souhaite écouter une personne, de rechercher une certaine qualité de relation.

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Bien... Penchons nous à présent sur les conditions d'écoute proposées dans bon nombre d'établissements de santé, qui je pense ne peuvent être dissociées des conditions de travail.
Je ne prétends pas représenter l'ensemble des professionnels, je me baserai donc sur mon expérience :

- Effectifs calculés au plus juste, voire sous-effectifs flagrants ;
- Principe de gestion collective des patients ;
- Environnement mouvant (c'est le cas à partir du moment où l'on travaille en relation avec des êtres humains), dans lequel l'imprévu est fréquent ;
- Stress, pression des responsabilités.

Pour moi, par nature, un tel environnement NE PEUT PAS FAVORISER UNE ECOUTE DE QUALITE, car il rend le soignant peu disponible en temps et l'esprit préoccupé par de multiples taches à réaliser.

Mais dans le même temps CELA FAIT PARTIE DE CE QUE L'ON ATTEND DU SOIGNANT !

Peux-on à ce stade évoquer une certaine schizophrénie du système ?

Je n'ai malheureusement pas de solution réaliste à proposer, je voulais juste proposer cet éclairage.
C'est tout de même culpabilisant de prendre conscience que "mal écouter" peut être pire que de ne pas écouter du tout...

Pour terminer sur une note plus positive, heureusement les personnes malades ou dépendantes disposent souvent d'autres personnes ressources : famille, amis, psychologues...
J'insiste sur leur rôle essentiel, souvent peu reconnu.


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* JALMALV : "Jusqu'A La Mort Accompagner La Vie" = association proposant écoute et soutien aux personnes atteintes de cancers, en fin de vie, ainsi qu'à leurs familles.
http://www.jalmalv.fr/


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En guise d'annexe, un petit texte d'un auteur anonyme indien :


PEUX TU SIMPLEMENT ECOUTER ?


Quand je te demande de m'écouter et que tu commences à me donner des conseils, tu n'as pas fait ce que je te demandais.

Quand je te demande de m'écouter et que tu commences à me dire pourquoi je ne devais pas ressentir cela, tu bafoues mes sentiments.

Quand je te demande de m'écouter et que tu sens que tu dois faire quelque chose pour résoudre mon problème, tu m'as fait défaut, aussi étrange que ça puisse paraitre.

Ecoute, tout ce que je demande, c'est que tu m'écoutes.
Non que tu parles ou que tu fasses quelque chose : je te demande uniquement de m'écouter.

Les conseils sont bon marché, pour quelques sous j'aurai dans le même journal le courrier du coeur et l'horoscope.

Je peux agir par moi même, je ne suis pas impuissant, peut-être un peu découragé ou hésitant, mais non impotent.

Quand tu fais quelque chose pour moi, que je peux et ai besoin de faire moi-même,
tu contribues à ma peur, tu accentues mon inadéquation.

Mais quand tu acceptes comme un simple fait que je ressens ce que je ressens (peu importe la rationalité), je peux arrêter de te convaincre, et je peux essayer de commencer à comprendre ce qu'il y a derrière ces sentiments irrationnels. Lorsque c'est clair, les réponses deviennent évidentes et je n'ai pas besoin de conseils.

Les sentiments irrationnels deviennent intelligibles quand nous comprenons ce qu'il y a derrière.

Peut-être est-ce pour cela que la prière marche, parfois, pour quelques personnes, car Dieu est muet. Il ou Elle ne donne pas de conseils. Il ou Elle n'essaie pas d'arranger les choses. Ils écoutent simplement et te laissent résoudre le problème par toi même.

Alors s'il te plait, écoute et entends moi.

Et si tu veux parler, attends juste un instant et je t'écouterai.

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Published by Lynette - dans Blog infirmier
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commentaires

catz 31/05/2008 19:14

Bonjour, je suis moi aussi infirmière mais dans un service de soins à domicile pour personnes âgées et si j'apprécie ce type de travail, c'est qu'il me permet justement de prendre le temps d'écouter les personnes... et pourtant je sais que ma tournée prendra du retard, que d'autres patients attendent mon passage mais ce moment est trop important pour le bacler.
Bon courage
Catz