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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 16:06


Parfois, quand on me demande si je fais du sport, je m’amuse à répondre « oui, je fais 7h30 de marche rapide par jour », en faisant référence au boulot bien sur...

Positivons, voici quelques uns des avantages d’être infirmière à l’hôpital !

 

-         Je ne vois pas les heures passer…

-         Je n’ai pas besoin de faire de régime, et je peux me permettre des écarts alimentaires, en sachant que je vais brûler mes calories aussi sec.

-         Je deviens une pro de l’organisation et de la rationalisation des pas.

-         Je développe ma mémoire et ma capacité à faire plusieurs choses en même temps, ces deux derniers points pouvant se révéler fort utiles dans la vie de tous les jours...

 

Le seul petit inconvénient, c’est de rentrer chez soi avec l’impression d’avoir couru un semi-marathon, et à force, ça finit par épuiser.

 

Ambiance, prenons au hasard, un lundi matin …

 

7h15 : fin des transmissions entre l’équipe de nuit et l’équipe du matin, il ne faut pas traîner, la tranche horaire 7h-9h  est un « coup de feu » qui conditionne le reste de la matinée.

"Votre première mission, si vous l’acceptez", consiste à :

 

-         Réaliser les prises de sang pour votre groupe de 8 à 10 malades (et le lundi c’est ravioli, tout le monde y a droit).

-         Distribuer les comprimés pour que les patients puissent les prendre avec le petit déjeuner.

 

Ces deux taches sont prioritaires, car nous avons une double contrainte horaire à respecter :

 

-         le petit déjeuner est servi à partir de 8h15.

-         le coursier chargé d’acheminer les prélèvements aux labos passe à 8h45.

 

Nous endossons donc notre beau costume de serial-piqueuse… Ta-ta-tin !



Chambre 1...undefined

" Bonjoouûrr M. Trichon ! Je suis l’infirmière, je viens pour la prise de sang ! Vous avez bien dormi ? Non ? Ah c’est pas étonnant, les nuits sont rarement calmes à l’hôpital... Puis je voir vos veines s’il vous plait ? Comment ? Vous dites que je vais m’amuser pour en trouver une ? Ah ne vous inquiétez pas on va bien y arriver. […] 5 minutes plus tard… Voilà M. Trichon, c’est fini, je vous laisse les médicaments pour le petit déjeuner ! A tout à l’heure…"

 


Roaaam…. (ensachage, préparation de la prise de sang suivante)


Chambre 2...

 

" Bonjour Mme Bidouille ! C’est l’infirmière… (la dame : commeinnnt ???)  Je disais… C’EST L’INFIRMIERE !! J’AI UNE PTITE PRISE DE SANG CE MATIN.

VOUS AVEZ MAL AU VENTRE ? ECOUTEZ JE FINIS MES PRISES DE SANG ET JE VOUS APPORTE UN CALMANT…"

 

Rooaaaammmm… 


Chambre 3...

 

" M. Pichet bonjour ! Bla bla …. Bla …. Prise de sang !…. Bla bla bla...

Vous êtes tout mouillé ? Excusez moi mais il faut que je termine mes prises de sang, ma collègue aide-soignante va passer pour vous changer…"

 


Et ainsi de suite… Jusqu’à ce qu’on ait fini de remplir les précieux tubes et les voir partir, avec soulagement, le sentiment du devoir accompli. Mouaiiis, super !!!

 


Mais la journée ne fait que commencer, après cette mise en jambes, il faut repartir préparer les injectables, prendre les tensions, passer un peu plus de temps avec chaque patient pour faire le point, avant d’aider la collègue aide-soignante pour le nursing, puis viennent les pansements, les changements de cathéters, le tour de midi, patin, couffin…

Cette tranche de vie racontée sur un ton assez ironique cache malgré tout un sacré sentiment de malaise quand à la manière dont j’exerce mon métier et le type de relation que j’établis avec les patients.

 

Lorsque j’étais étudiante, et lors des premiers mois après le diplôme, j’avais une certaine conception des soins, fondée sur l’écoute, le dialogue, la construction d’une relation de confiance. 

Peut être ne m’y prenais-je pas comme il faut, mais le résultat était que j’étais tout le temps en retard, débordée par la charge de travail et de ce fait souvent en situation de panique, sans compter les heures sup’ qui s’accumulaient, et les dysfonctionnements occasionnés pour l’équipe qui travaillait avec moi…

 

J’ai donc du évoluer dans ma manière d’appréhender le travail, et voilà où j’en suis aujourd’hui : 

undefinedJe considère ma journée de travail comme une série de taches à effectuer dans un temps imparti, à réaliser le plus vite possible, car il y a toujours des imprévus. 

Répondre au téléphone, renseigner les visiteurs, faire le lien avec les autres professionnels (médecins, kinés, brancardiers…) sont autant de petites gouttes, certes utiles, mais qui représentent au final de précieuses minutes...

 



Si bien que je travaille avec une horloge dans la tête et je finis par zapper l’aspect humain du travail. 

Je me rends compte par exemple que j’hésite à engager de vraies conversations avec les patients afin de ne pas rester trop longtemps dans chaque chambre...

 

Exécutante, ouvrière qualifiée de la T2A (la tarification à l’activité, nouvel indicateur de rentabilité dans les hôpitaux), tel est mon ressenti actuel si je devais décrire ma profession.

Est-ce que j'ai envie de continuer à travailler comme ça ? Non.

Comment faire autrement ? Je cherche, pour l'instant c'est la seule manière qui me permet d'assurer les soins à l'échelle d'un service en étant relativement équitable.

Combien de temps vais-je tenir dans ces conditions ? Je ne sais pas.

 

Lynette (un brin désabusée en ce moment)

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Published by Lynette - dans Blog infirmier
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commentaires

betty 26/05/2008 15:06

Yes !! tout a fait ok avec toi , sauf que l'on s'entend repondre : c'est pas du sport ! vous piétinez !!!