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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 21:28


pelloux.jpgA l’heure où les médecins urgentistes et  anesthésistes prévoient une journée « hôpital mort » le 24 janvier, afin de tenter d’obtenir le paiement des heures supplémentaires et jours de RTT accumulés ces dernières années, je suis surprise et en même temps déçue que le mouvement ne soit pas rejoint par d’autres catégories de personnels hospitaliers.

Car non seulement les revendications auraient davantage de poids, mais ce serait l’occasion ou jamais d’attirer le regard des médias sur le problème plus global des conditions de travail à l’hôpital…


Il devient en effet URGENT de commencer à prendre soin des soignants, mais aussi URGENT pour les soignants de se prendre en main et se fédérer pour faire valoir leurs droits, toutes professions confondues ! Sinon demain, nous ferons avec amertume le compte des professionnels ayant quitté l'hôpital pour une activité moins contraignante et mieux rémunérée !! On dira alors : « quel gâchis humain... ». Mais ce sera un peu tard, et les dégâts seront difficilement réversibles.


Jeunes médecins corvéables à merci...

Revenons tout d'abord sur la situation des internes en médecine. Sur le papier ce sont encore des étudiants (Bac+7 au minimum tout de même), mais ils exercent dans les services hospitaliers avec des responsabilités comparables aux praticiens titulaires. Ils sont présents de 8h30 du matin jusqu’à 19 heures (dans le meilleur des cas), les jours de semaine, soit un volume de travail hebdomadaire « de base » avoisinant les 50 heures. Il faut ensuite rajouter les nuits et week-ends d’astreinte !

On pourrait penser que cet investissement de la part des jeunes médecins est récompensé financièrement, eh bien… pas vraiment !! Après enquête (journal officiel du 9 mars 2007), la première année d’internat est rémunérée 16  164 euros bruts annuels, soit 1 347 euros par mois, hors primes et astreintes. C’est moins que le salaire d’une infirmière qui débute dans la fonction publique. (1 469 euros bruts mensuels hors primes)

Et encore, ne parlons pas des médecins étrangers, « faisant fonction d’interne », qui touchent un salaire annuel de 14 792 euros bruts pour des responsabilités équivalentes. Vous ne rêvez pas, c’est l’équivalent du SMIC !! Et bien entendu, les heures supplémentaires sont comprises dans le forfait. Vous avez dit exploitation ?! (Il doit d’ailleurs régner un certain fatalisme ainsi qu’une « culture de la souffrance » dans les rangs des facs de médecine, pour que les internes acceptent autant cette situation, mais c’est un autre sujet…) 


La "vocation" a bon dos !


Venons en maintenant au cas des infirmiers. A côté des internes et autres FFI, on passerait presque pour des privilégiés, avec nos horaires postés ! Il est vrai que la charge de travail peut mieux se réguler, la partie du travail que l’on n’a pas le temps de terminer étant prise en charge par l’équipe suivante.

Cependant, si l’on y regarde de plus près, la réalité est plus insidieuse. Il est effectivement rare qu’un infirmier réalise plusieurs heures supplémentaires dans une même journée, sauf cas de force majeure, type « plan rouge ». Il faut plutôt raisonner en termes de pauses non prises (combien de journées de travail réalisées en continu, sans prendre le temps de boire, de manger, et à peine d’uriner ?), ou de demi-heures supplémentaires en fin de poste pour terminer les transmissions écrites et ne pas laisser trop de « casseroles » à la collègue qui prend le relais.

C’est d’autant plus insidieux que dans la culture hospitalière, il est relativement mal vu de notifier les heures supplémentaires, probable héritage de l’époque où les religieuses se dévouaient corps et âme auprès des malades. Elles peuvent aussi être délicates à justifier : sont-elles vraiment liées à la charge de travail, ou est-ce l’infirmier qui n’a pas su s’organiser ? Ainsi, ces « petites » demi-heures tendent à être considérées comme de la simple conscience professionnelle, mais sur une année, ce n'est plus si négligeable…

Rappelons enfin le problème de la planification des jours de repos, souvent difficiles à poser sur des plannings tournant « à flux tendu », ou encore des congés interrompus pour cause de sous-effectif... 



Hopital-silence.jpg


Raler plus pour travailler mieux ?


Les hospitaliers ne demandent pas, comme le dit une affiche syndicale ironique, « un SMIC à 3000 euros et des stocks options », mais que leur travail soit reconnu et rémunéré à sa juste valeur. Alors que les besoins en soins s’accroissent du fait du vieillissement de la population, les soignants sont et vont être amenés à accomplir un important travail d’intérêt général.

S’il est aujourd’hui socialement accepté de gagner de l’argent grâce à des spéculations boursières, à la télé-réalité ou en jouant au football, il serait également souhaitable de mieux considérer les personnes qui participent de manière positive au quotidien d’un pays. Et là, on ne parle plus seulement des soignants.

Quoi qu'il en soit, il "semble" que cela ne tombera pas du ciel, il va falloir se bouger !!!

 

Quelques liens :

Le Nouvel Observateur : « Patrick Pelloux annonce "un grand mouvement hôpital mort" le 24 janvier si le gouvernement refuse de négocier » (07.01.2008)

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/economie/20080107.FAP8762/patrick_pelloux_annonce_un_grand_mouvement_hopital_mort.html

L’Express : « Conflit à l’hôpital, les chiffres pour comprendre » (08.01.2008)

http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=463643

 Journal officiel : la rémunération des médecins hospitaliers

http://www.sihp.fr/Texte/28/joe_20070309_r_mun_ration%20des%20internes.pdf

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